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Disparition forcée

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Sur le droit applicable

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voir aussi : https://www.icj.org/wp-content/uploads/2013/08/ICJ-Review-62-63-2001-eng.pdf

L'être humain est transformé en non-être[1].
  • Au colloque de Paris Janvier-Février 1981
Un homme en costume-cravate, aux cheveux blancs portant des lunettes prononce un discours devant un pupitre garni de fleurs.
Le juriste britannique Niall MacDermot en 1989.
  • Le Refus de l'oubli, Collectif, éd. Berger-Levrault, 1982  (ISBN 2-701-30466-0), p. 35


Les États parties à la présente Convention s'engagent à adopter, dans le respect de leurs procédures constitutionnelles, les mesures législatives nécessaires pour qualifier le délit de disparition forcée des personnes et pour le sanctionner d'une peine appropriée, proportionnelle à son extrême gravité. Ce délit est considéré comme continu ou permanent tant que la destination de la victime où le lieu ou elle se trouve n'ont pas été déterminés.


En 1992, avec l’adoption par l’Assemblée générale de l’ONU de la « Déclaration sur la protection des personnes contre les disparitions forcées », apparaissent les premières normes prohibant les amnisties ou mesures analogues.
  • « Impunité et droit international : Quelques réflexions historico-juridiques sur la lutte contre l’impunité. », Federico Andreu-Guzman, Mouvements, nº n° 53, mars-mai 2008, p. 58 (lire en ligne)


Sur le phénomène dans le monde

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En Afrique

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Le contre-terrorisme ne se contente pas de menées parallèles à l'armée et à l'administration. Il s'infiltre dans l'armée et dans l'administration. Sous prétexte d'efficacité, il affiche dans ses actes le mépris de la vie humaine. Trop de «fuyards» sont abattus au cours de «corvées de bois». Trop de «disparus» sont la conclusion d'un interrogatoire «poussé». Des hommes sont arrêtés au mépris même des pouvoirs spéciaux, sans que les autorités le sachent. Des hommes relaxés par les tribunaux civils ou militaires sont réinternés au sortir du tribunal.


Je suis resté les yeux bandés, les mains menottées, coupé du monde. Ma famille ne savait pas si j'étais vivant ou mort. Je me sentais à peine une personne. Ni nom, ni identité. J'étais l'expression de plus rien. Juste quelque chose de vivant qui respirait, mais plus rien d'humain.
  • citation rapportée d'un militant sahraoui, disparu au Maroc.
  • « Ni vivre, ni mourir : disparaître ! », Carole Vann, La Liberté, nº 134, 10 mars 2005, p. 12 (lire en ligne)


En Amérique Latine

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- Parlons des arrestations. Vous leur appreniez quoi aux stagiaires ?
- Je leur apprenais comment procéder intelligemment à des arrestations ciblées. Elles ne doivent pas êtres effectuées par n'importe qui et à n'importe quelle heure. Il faut savoir monter une équipe qui procèdera au travail discrètement ou pas suivant le but recherché.
- Et après vous appreniez quoi à vos élèves ?
- Eh bien les méthodes pour faire parler les gens...


Portrait noir et blanc d'un général de l'armée brésilienne, au front légèrement dégarni, protant des lunettes aux verres légèrement fumés.
Chef des services secrets depuis 1974, João Figueiredo devient président du Brésil en 1978.
Une fois par exemple, nous nous sommes faits tirer les oreilles par le ministère des affaires étrangères parce qu'un citoyen français avait disparu au Brésil. [...] Je dis à l'ambassadeur que le seul qui pourrait nous renseigner c'est Figueiredo et je lui propose, tout simplement, de l'inviter à diner à l'ambassade pour lui poser carrément la question.
À la fin du repas, l'ambassadeur, qui a fait tout de même bonne figure, expose le problème au patron des services secrets brésiliens. [...] Figueiredo répond que si le jeune français est en Argentine, ce ne sont pas les Brésiliens qui pourront le retrouver. [...] Il se peut que les Tupamaros aient fait un coup de main, ici ou là, dans lequel le Français a été arrêté. Qui sait ? il est peut-être mort. [...]
Je lui pose donc carrément la question :
«Est ce que vous avez supprimé le Français ?
- Pas exactement !»
Il n'en dit pas plus ce soir là.
  • Je n'ai pas tout dit, Général Aussaresses (propos de), Jean-Charles Deniaux (propos recueillis par), éd. Éditions du Rocher, 2008  (ISBN 978-2-268-06514-4), chap. Professeur Aussaresses, le camp d'entraînement des dictateurs, p. 152-154


Il y a quelque chose de pourri dans ce Brésil. Ils ont essayé de faire passer mon mari pour un drogué alors qu'il avait un casier vierge.
  • Témoignage de la veuve d'un maçon disparu
  • « Brésil : veuve Courage », Nicolas Bourcier, Le Monde, 13 janvier 2014 (lire en ligne)


La marine, sous ses ordres, avait avait démontré un savoir-faire redoutable dans la torture et la disparition des corps suppliciés que les hélicoptères larguaient, dans l'océan Pacifique, à portée de jumelles de Valparaiso.
Un groupe de manifestants portent une banderole où on peut lire Le Chili, un pays torturé
Manifestation contre la torture à Santiago, au Chili en 1987


Mais enfin, vous ne comprenez vraiment rien, c'est terrible, vous êtes plus têtu qu'une mule, ce qu'il faut, c'est EFFACER. E.F.F.A.C.E.R. Dire qu'il ne s'est rien passé. Pour aller de l'avant, il faut effacer toute cette période. On efface et il n'y a plus rien à oublier.


Quelques années auparavant, il (Augusto Pinochet) avait souri quand lors de travaux dans le cimetière de Santiago, on avait découvert que certaines tombes comprenaient plusieurs corps. Des torturés à mort avaient été glissés dans des tombes occupées, ni vu ni connu.


En Europe

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Soudain, un vacarme incroyable réveille les habitants. Les chars, le véhicules blindés de transport de troupes et les camions de l'armée fédérale déboulent dans Alkhan Yourt. Des dizaines et des dizaines de soldats courent partout en hurlant. C'est une opération de nettoyage[2].
Les villageois se posent tous la même question : qui sera désigné terroriste pour remplir les quotas d'un empire en pleine régression stalinienne ? Qui aura la chance de rester chez soi ? Combien disparaitront aujourd'hui ?
  • Rafle du printemps 2000, quelques mois après les massacres de Alkhan Yourt, en Tchétchénie, du .


Impact psychologique et social

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Le Groupe a aussi appelé l'attention sur le vaste cercle de victimes que fait une disparition. Les membres de la famille immédiate et autres proches ou personnes à charge en subissent en effet directement les conséquences : en ayant en effet à faire face non seulement à l'angoisse provoquée par l'incertitude sur le sort de leur parent, de leur enfant ou de leur conjoint, mais souvent aussi à des difficultés économiques et à un isolement social qui s'ajoutent à leur détresse. Psychiquement, les enfants sont durement éprouvés, parfois même brisés.
  • (en) Rapport du Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires, Collectif, éd. ONU, 1990, E/CN.4/1990/13 n°339, p. 89 (lire en ligne)


Pour la famille, le disparu n'est ni en enfer ni au paradis, ni mort, ni vivant, il est dans les limbes. [...] C'est le seul délit, où les proches sont aussi considérés comme victimes, vues les souffrances qui leur sont infligées.
  • « Ni vivre, ni mourir : disparaître ! », Carole Vann, La Liberté, nº 134, 10 mars 2005, p. 12 (lire en ligne)


Dans la culture

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François Buloz, Le Château Saint-Ange, souvenirs d’un prisonnier politique sous le pontificat de Grégoire XVI, (1858)

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Donjon circulaire entouré du'une haute muraille
Le château Saint-Ange, prison politique de la papauté jusqu'au XIXe siècle,
Un soir, en rentrant chez moi, je fus arrêté dans le corridor de ma maison par deux sbires déguisés qui, à la lueur d’une lanterne sourde, me donnèrent à lire un ordre de l’assesseur du gouvernement. Cet ordre leur enjoignait de s’emparer de ma personne et de me déposer à la prison du palais Madame. [...] Suivi par mes deux sbires, je me dirigeai vers la place de Saint-Apollinaire, je traversai le cirque agonal, et en deux minutes je me rendis au palais du gouvernement. J’y étais attendu, car je fus reçu par d’autres agens supérieurs qui me conduisirent dans une petite cellule donnant sur la seconde cour du palais. [...] On me demanda si j’avais besoin de quelque chose ; sur ma réponse négative, on ferma la porte et on me laissa seul avec moi-même, c’est-à-dire seul avec les tourmens et les tristes fantômes qui tiennent surtout compagnie à un pauvre prisonnier la première nuit de sa détention.
Mes amis, ma famille et Séraphine[3] restèrent une semaine sans entendre parler de moi, à ce point qu’on commençait à pleurer ma mort. Le gouvernement se décida enfin à rompre le silence et à avouer ma détention pour cause politique.
  • « Le Château Saint-Ange, souvenirs d’un prisonnier politique sous le pontificat de Grégoire XVI », François Buloz, Revue des deux mondes, nº 2ème période tome 16, juillet-Août 1858, p. 174-175 (texte intégral sur Wikisource)


George Orwell, 1984 (1949)

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Un rideau de fer de magasin sur lequel on a graffé 1984 George Orwell à la peinture bleue. Au premier plan sur la droite des jeunes femmes assises à même le sol, habillées en vêtement d'été savourent des cornets de glaces.
Graffiti place Georges Orwell à Barcelonne.
La petite femme rousse peinait, un jour dans l'autre, à chercher dans la presse et à éliminer les noms des gens qui avaient été vaporisés[4] et qui étaient, par conséquent, considérés comme n'ayant jamais existé. Il y a là un certain à-propos puisque son propre mari, deux ans plus tôt, avait été vaporisé.
  • 1984, Georges Orwell (trad. Amélie Audiberti), éd. France loisirs, 1984  (ISBN 2-7242-2084-6), p. 59


Les gens qui avaient encouru le déplaisir du Parti disparaissaient simplement et on n'entendait plus jamais parler d'eux. On n'avait jamais le moindre indice sur ce qui leur était advenu. Dans quelques cas, ils pouvaient même ne pas être morts.
  • 1984, Georges Orwell (trad. Amélie Audiberti), éd. France loisirs, 1984  (ISBN 2-7242-2084-6), p. 59-60


Les épurations et les vaporisations font nécessairement partie du mécanisme de l'État.
  • 1984, Georges Orwell (trad. Amélie Audiberti), éd. France loisirs, 1984  (ISBN 2-7242-2084-6), p. 60


 - Vous écrivez très élégamment, dit O'Brien. Je ne suis pas seul à le penser. Je parlais récemment à un de vos amis qui est un expert. Son nom m'échappe pour l'instant.
Le cœur de Wintson battit de nouveau douloureusement. Il était inconcevable que cette phrase ne se rapportât pas à Syme. Mais Syme n'était pas seulement mort, il était aboli, il était un non être[5]. Toute référence à lui était mortellement dangereuse.

  • 1984, Georges Orwell (trad. Amélie Audiberti), éd. France loisirs, 1984  (ISBN 2-7242-2084-6), p. 191-192


Des gens disparaissaient, simplement, toujours pendant la nuit. Leurs noms étaient supprimés des registres, tout souvenir de leurs actes était effacé, leur existence était niée, puis oubliée. Ils étaient abolis, rendus au néant. Vaporisés, comme on disait.
  • « La mémoire de George Orwell «vaporisée» comme ses personnages », Jérôme Leroy (citation rapportée par), Le Figaro, 13 septembre 2013 (lire en ligne)


Mapuche, 2012

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- Aller, va jouer dehors mon petit !
  • Largage d'un corps à la limite des eaux internationales lors d'un vol de la mort.
  • Mapuche, Caryl Férey, éd. Gallimard, coll. « Folio policier », 2012  (ISBN 978-2-070-45297-2), p. 14


- Calderón, c'est votre vrai nom : comme le poète ?
Le détective fronça les
. -Vous connaissez ?
[...] L'écrivain avait disparu pendant le Processus, comme Haroldo Conti, Rodolfo Walsh...Tortutés, battus, liquidés.
Portrait de 3/4 à l'encre de cgine représentant un homme brun portant des lunettes.
Le journaliste d'investigation et écrivain Rodolpho Walsh.
  • Mapuche, Caryl Férey, éd. Gallimard, coll. « Folio policier », 2012  (ISBN 978-2-070-45297-2), p. 121


Thérésa Révay, Ce parfum rouge, 2024

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- Et ton père, il est mort ?

- Je l'ai longtemps pensé. à l'époque c'et ce qu'on a laissé entendre à ma mère. maintenant, je ne sais plus. C'est pourquoi je suis revenue. Je veux connaître la vérité.
Le rire d'Anya éclate comme un coup de cymbales.
- La vérité ? Tu plaisantes ? J'ai quinze ans et j'ignore encore ce que ce mot veut dire.

  • Ce Parfum rouge, Thérésa Révay, éd. Stock, 2024, p. 168


Le mois dernier, des hommes sont venus sonner chez l'un de ses amis. Ils l'ont accusé d'appartenir à un groupe antisoviétique d'adolescents et ils l'ont embarqué. Ce garçon habitait avec ses parents à notre étage. Des scellés ont été posés sur la porte de leur appartement. On ignore ce qu'est devenue la famille.
  • Ce Parfum rouge, Thérésa Révay, éd. Stock, 2024, p. 318


Le camarade Petrov a eu un empêchement.
  • Ce Parfum rouge, Thérésa Révay, éd. Stock, 2024, p. 345


Voir aussi

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Bibliographie

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Notes et références

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  1. Le terme non-être est également utilisé par G. Orwell dans son roman 1984.
  2. En russe, Zatscitska (rafle ou opération de nettoyage)
  3. Prénom de la fiancée du narrateur
  4. Dans son roman, George Orwell ne parle pas de disparition forcée mais de vaporisation, ce qui implique non seulement la disparition physique de l'individu, mais aussi de l'effacer de la mémoire collective.
  5. en italique dans le texte.