Milana Terloeva
Apparence

Milana Terloeva est une journaliste et écrivaine tchétchène francophone née le . Après avoir écrit un récit autobiographique sur la guerre dans son pays, elle retourne en Tchétchénie pour y créer un centre culturel puis un mémorial. Menacée par les autorités, elle se réfugie aux États-Unis.
Citations
[modifier]Danser sur les ruines, Une jeunesse tchétchène, 2006
[modifier]La lune était si ronde, si énorme qu'elle semblait vouloir nous avaler. Elle éclairait la scène d'une lumière surréelle. La neige qui couvrait les arbres et les maisons brillait comme une mer de diamants. Tout était majestueux froid indifférent. Comme si le temps s'était figé.
- Danser sur les ruines, une jeunesse tchétchène, Milana Terloeva, éd. Hachette, 2006 (ISBN 978-2-012-35859-1), chap. 1. Le bal et la prière, p. 13
Je lisais Le Tour du monde en quatre-vingts jours à la lumière des bougies. Quand on est coincé dans une cave à seize ans, il n'y a rien de mieux que les aventures des héros de Jules Verne pour redonner le sens de l'espace et de l'illimité. Mais, bientôt, il n'y eu plus de bougies.
- Danser sur les ruines : Une Jeunesse tchétchène, Milana Terloeva, éd. Hachette Littératures, 2006 (ISBN 978-2-012-35859-1), chap. 9. opération Jihad, p. 52
Une nuit je travaillais très tard, seule dans l'appartement. Tout d'un coup, j'entendis des bruits dans l'immeuble voisin. Des soldats défonçaient une porte. Ils repartirent avec trois garçons et une jeune fille. [...] Les trois garçons envoyés dans un camp de filtration, furent racheter par leurs familles. La fille n'était pas à vendre. Elle a disparu pour toujours dans les mains de ces monstres. On dira que les garçons, ce jour-là, ont eu plus de chance que la fille.
- Danser sur les ruines : Une Jeunesse tchétchène, Milana Terloeva, éd. Hachette Littératures, 2006 (ISBN 978-2-012-35859-1), chap. 20. Sur la notion de chance à Grozny, p. 111
Soudain, un vacarme incroyable réveille les habitants. Les chars, le véhicules blindés de transport de troupes et les camions de l'armée fédérale déboulent dans Alkhan Yourt. Des dizaines et des dizaines de soldats courent partout en hurlant. C'est une opération de nettoyage[1].
Les villageois se posent tous la même question : qui sera désigné terroriste pour remplir les quotas d'un empire en pleine régression stalinienne ? Qui aura la chance de rester chez soi ? Combien disparaitront aujourd'hui ?
Les villageois se posent tous la même question : qui sera désigné terroriste pour remplir les quotas d'un empire en pleine régression stalinienne ? Qui aura la chance de rester chez soi ? Combien disparaitront aujourd'hui ?
- Rafle du printemps 2000, quelques mois après les massacres de Alkhan Yourt (Tchétchénie) du .
- Danser sur les ruines : Une Jeunesse tchétchène, Milana Terloeva, éd. Hachette Littératures, 2006 (ISBN 978-2-012-35859-1), chap. 21. Les camps de filtration, p. 113-114
Comme les tchétchènes sont officiellement des citoyens russes, nous avons théoriquement le droit d'obtenir ces passeports. Théoriquement seulement. L'administration de Grozny nous assurait qu'elle n'avait pas les formulaires requis.
- Danser sur les ruines : Une Jeunesse tchétchène, Milana Terloeva, éd. Hachette Littératures, 2006 (ISBN 978-2-012-35859-1), chap. 30. Mon départ pour la France, p. 157
Un garçon m'a accostée. Il m'a demandé d'où je venais. Lorsque je lui ai répondu «De Tchétchénie», il a paru très surpris : «Mais tu ne ressemble pas du tout à une arabe !» Je me suis rendue compte par la suite que pour une majorité d'Occidentaux nous appartenions à cet ensemble hostile appelé «Moyen-Orient».
- Danser sur les ruines : Une Jeunesse tchétchène, Milana Terloeva, éd. Hachette Littératures, 2006 (ISBN 978-2-012-35859-1), chap. 30. Mon départ pour la France, p. 163
Même les journaux russes ne passent pas la censure ici. Et Dieu sait qu'ils ne sont plus très critiques ! Fais attention à toi avec tes questions. Tu vis sur la lune ou quoi ?
- Danser sur les ruines : Une Jeunesse tchétchène, Milana Terloeva, éd. Hachette Littératures, 2006 (ISBN 978-2-012-35859-1), chap. Grozny, 2005, p. 193
Entretiens
[modifier]Quand j'étais avec ma grand-mère dans la cave, je me demandais si, moi aussi, je me retrouverais dans cinquante ans, avec mes enfants, dans une cave. Elle qui a connu tant de ruines et de souffrances m'a dit: «Milana, tu n'as pas droit au désespoir !» Voilà. Je n'ai pas d'autre choix : je suis condamnée à l'espoir.
- « En Tchétchénie, survivre c'est déjà résister. », Dominique Simonnet (propos recueillis par), L'Express, 7 septembre 2006 (lire en ligne)
C’était la seule journaliste russe à aller en Tchétchénie, et elle y allait contre la volonté de son pays. Quand j’ai appris la nouvelle, je n’en suis pas revenue. On espérait, comme elle était connue dans le monde entier, que cela la protégerait.
- Sur l'assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaïa.
- « Milana Terloeva : "Son meurtre est une tragédie" », Faustine Vincent (propos recueillis par), 20 minutes, 10 octobre 2006 (lire en ligne)
Avant 1994, on appelait Grozny le "Paris du Caucase" : une ville magnifique, avec des bibliothèques, des musées, des théâtres... Et puis la guerre a tout détruit.
- « Une journée avec Milana Terloeva », La Rédaction (propos recueillis par), Elle, 23 juillet 2007 (lire en ligne)
Citations sur
[modifier]Des phrases pudiques mais directes, sans effets de style, montrent ce que signifient ces mots : la vie sous les bombes, les abris, des balles partout, des amis qui tombent, la dévastation, externe et interne, des maisons, des familles et des âmes, la solitude de chacun, l'arbitraire des arrestations et des tortures, la mort à tous les coins de rue, la chance des uns et la chute des autres, les existences coupées d'un coup, les rues éventrées. Mais aussi, au milieu de cette folie, qui s'était interrompue quelque temps avant de reprendre de plus belle, les étudiants qui vont en cours, les jeunes femmes qui soignent leur tenue, et les rires qui fusent.
- critique de son autobiographie Une jeunesse tchétchène.
- « Milana, l'autre visage des Tchétchènes », Roger-Pol Droit, Le Monde, 15 septembre 2006 (lire en ligne)
Bibliographie
[modifier]- Danser sur les ruines, Paris, Hachette, 2006, 224 p. (ISBN 978-2-012-35859-1)
Notes
[modifier]- ↑ En russe, Zatscitska (rafle ou opération de nettoyage).