Mal
Littérature
[modifier]Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie, 2013
[modifier]Sur les chemins de l’existence, nous nous heurtons à deux mystères fondamentaux, celui de la beauté et celui du mal. La beauté est mystère parce que l’univers n’était pas obligé d’être beau. Or il se trouve qu’il l’est, et cela semble trahir un désir, un appel, une intentionnalité cachée qui ne peut laisser personne indifférent. Le mal est mystère également. Si le mal se présentait à nous sous la seule forme de quelques défauts ou ratages, dus à la difficile marche de la vie, nous l’aurions plus ou moins accepté. Mais, chez les hommes, il atteint un degré si radical qu’il frise l’absolu : quand l’ingéniosité humaine est au service du mal, sa cruauté ne connaît pas de limite. Et la technologie aidant, nous savons maintenant que l’œuvre du mal entreprise par l’homme peut détruire l’ordre de la vie même. Ces deux mystères, qui interfèrent avec notre conscience de la mort, se dressent devant nous comme des défis incontournables que nous avons à relever.
- Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie, François Cheng, éd. Albin Michel, 2013 (ISBN 978-2-226-25191-6), p. 78
De l'âme, 2016
[modifier]Et cela ne nous dispense absolument pas de relever le défi radical qui nous est lancé, plus que jamais d’actualité : dévisager le mal. Son œuvre fait irruption dans notre quotidien à travers les attentats, les guerres et la misère de tant d’êtres humains écrasés par la cupidité de quelques-uns. Nous devons solliciter toute la capacité de notre esprit pour analyser cette situation de chaos, sans jamais cesser de sonder la part d’abîme que porte l’âme humaine, afin de pouvoir l’extirper. Car il y a les instances du politique et de l’économie où nous devons défendre les droits de l’intelligence et de la justice, mais il y a aussi ce fond de l’âme humaine qu’ont scruté un Dante et à sa suite un Shakespeare, un Hugo, un Dostoïevski – et tant d’autres encore, notamment celles et ceux qui à l’image du Christ l’ont affronté au prix de leur vie. C’est seulement ainsi que la part de lumière de notre âme aura une chance d’émerger réellement.
Gilbert Keith Chesterton, L'homme qu'on appelait Jeudi, 1908
[modifier]- L'homme qu'on appelait Jeudi, Gilbert Keith Chesterton (trad. Marie Berne), éd. L'Arbre Vengeur, 2020, p. 274
Emil Cioran, Syllogismes de l'amertume, 1952
[modifier]- Syllogismes de l'amertume (1952), Emil Cioran, éd. Gallimard, coll. « Folio, essais », 2012, p. 64
Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, 1899
[modifier]De comparable au changement qui altéra ses traits, je n'avais jamais rien vu, et j'espère ne rien revoir. Oh, je n'étais pas ému. J'étais fasciné. C'était comme si un voile se fût déchiré. Je vis sur cette figure d'ivoire une expression de sombre orgueil, de puissance sans pitié, de terreur abjecte — de désespoir intense et sans rémission. Revivait-il sa vie dans tous les détails du désir, de la tentation, de l'abandon pendant ce moment suprême de connaissance absolue ? Il eut par deux fois un cri qui n'était qu'un souffle.
- Au cœur des ténèbres (1899), Joseph Conrad (trad. J.-J. Mayoux), éd. Flammarion, 1980 (ISBN 2-08-070530-X), p. 189
Irène Némirovsky, Les Feux de l'automne, 1957
[modifier]Voilà, songeait Bernard : ils ont vulgarisé le mal qui, autrefois, était l'apanage d'une petite société restreinte et qui, par cela même, ne pouvait être trop nuisible. Ils ont démocratisé le vice et standardisé la corruption. Tout le monde est devenu malin, jouisseur, profiteur. Alors… Embouteillage dont les coupables ont pâti comme les autres. Il y a une sorte d'ironie et amère justice dans tous ces événements. Ironique et terrible, pensa-t-il encore.
- Les Feux de l'automne (1957), Irène Némirovsky, éd. Albin Michel, 2007, p. 313
Amélie Nothomb, Les Catilinaires, 1995
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Guide des égarés, 2016
[modifier]Le mal est une trouvaille de génie qui n'appartient qu'aux hommes. Il est une invention et un prolongement de la pensée.
- Guide des égarés, Jean d'Ormesson, éd. Gallimard, coll. « nrf », 2016 (ISBN 978-2-07-269436-3), p. 49
C'était bien, 2005
[modifier]À mesure que la science tranche les faces de Gorgone, de nouvelles têtes poussent à l'hydre pour poursuivre le travail et répandre la terreur. Aucun d'entre nous n'est à l'abri du mal qui frappe à coups redoublés. Ce mal — dont le christianisme nous parle avec génie sous les espèces du péché originel et, d'une certaine façon, de l'Incarnation, sacrifice inversé et suprême, offert non plus par les hommes à Dieu mais par Dieu aux hommes pour racheter le mal de l'histoire — ne peut ni s'effacer ni triompher.
- C'était bien (2003), Jean d'Ormesson, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2005 (ISBN 2-07-031653-X), p. 138
- Rouge Brésil, Jean-Christophe Rufin, éd. Gallimard, 2001, p. 420
Philosophie
[modifier]Hannah Arendt, responsabilité et jugement, 2003
[modifier]- responsabilité et jugement, Arendt Hannah, éd. petite bibliothèque Payot, 2003, p. 79
- responsabilité et jugement (2003), Arendt Hannah, éd. petite bibliothèque Payot, 2010, p. 143
Friedrich Nietzsche, L’Antéchrist, 1888
[modifier]- L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche, éd. Gallimard, coll. « Folio Essais », 2006 (ISBN 978-2-07-032557-3), Aphorisme 6, p. 18