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Simon Leys

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.

Simon Leys, nom de plume de Pierre Ryckmans, est un écrivain, essayiste, critique littéraire, traducteur, historien de l'art, sinologue et professeur d'université de nationalité belge, de langue française et anglaise et de confession catholique, né le 28 septembre 1935 à Uccle et mort le 11 août 2014 à Sydney en Australie.

Le Studio de l'inutilité

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Mais attention ! Surtout, qu'il n'y ait ici nul malentendu. Je n'ai pas la sottise de penser que la nation qui a produit Rabelais et Hugo, Montaigne et Pascal, Stendhal et Baudelaire soit particulièrement déficiente en fait d'intelligence littéraire (encore que sur la question du maoïsme, certains représentants de l'élite intellectuelle française aient effectivement battu un record mondial de stupidité). Non, ce que je veux dire est tout autre.


Conrad a eu une existence disloquée – fracassée en plusieurs morceaux brutalement discontinus. La plupart de ses biographes parlent de ses « trois vies » : l’enfance polonaise, l’errance du marin apatride, l’installation campagnarde du romancier anglais. L’un deux (un psychanalyste fort subtil) en compte cinq – ajoutant la fugue de la jeunesse en France et la mésaventure congolaise de son âge mûr. Pour ma part, je suis tenté d’en identifier une sixième, la plus traumatique de toutes, insérée immédiatement après l’enfance protégée et choyée : l’enfance assassinée – le petit garçon de six ans fut déporté avec ses parents.


Les chinois, qui inventèrent il y a plus de deux mille ans l’historiographie moderne (en pratiquant l’étude comparée et critiques des sources, les enquêtes sur le terrain, les interviews des témoins, l’exposé objectif des points antagonistes), estiment qu’un bon historien doit « lire dix mille livres et voyager dix mille lieues ».


Il y a une erreur dont nous devons nous garder : le récit du génocide cambodgien frappe l’imagination et la sensibilité par son horreur ; mais justement parce que cette horreur est insoutenable, nous ne sommes que trop tentés de l’évacuer de notre conscience, en considérant que cet épisode est lointain et exotique, qu’il nous est totalement étranger – il pourrait aussi bien relever d’une autre planète ?
En fait, c’est aussi de nous qu’il s’agit dans cette histoire.


Je ne parviens pas à me départir d’un certain effroi en constatant comment le mensonge criminel sur le maoïsme perdure en toute impunité et surtout se régénère sans cesse […]. Voyez par exemple l’engouement actuel dont bénéficie en France le philosophe « radical » Alain Badiou, qui se flatte d’être un défenseur émérite de la « Révolution culturelle ». Badiou écrit notamment : « S’agissant des figures comme Robespierre, Saint-Just, Babeuf, Blanqui, Bakounine, Marx, Engels, Lénine, Trotski, Rosa Luxembourg, Staline, Mao Zedong , Chou En-Lai, Tito, Enver Hoxha, Guevara et quelques autres, il est capital de ne rien céder au contexte de criminalisation et d’anecdotes ébouriffantes dans lesquelles depuis toujours la réaction tente de les enclore et de les annuler.


Une éducation vraiment démocratique est une éducation qui forme des hommes capables de défendre et de maintenir la démocratie en politique ; mais, dans son ordre à elle, qui est celui de la culture, elle est implacablement aristocratique et élitiste.


Le second point sur lequel la tour d'ivoire se trouve constamment menacée et battue en brèche, c'est son caractère désintéressé. Le cœur du problème est bien résumé par un axiome de Zhuang Zi (le grand penseur Taoïste du IIIème siècle av. J.-C. — un des esprits les plus profonds qu'ait produits l'humanité) : « Tous les gens comprennent l'utilité de ce qui est utile, mais ils ne peuvent comprendre l'utilité de l'inutile. » L'utilité supérieure de l'université et son action efficace sont entièrement fonction de son apparente « inutilité ».


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