Georges Bataille
Apparence

Georges Bataille, né le 10 septembre 1897 à Billom (Puy-de-Dôme) et mort le 8 juillet 1962, est un écrivain français.
La Notion de dépense, 1933
[modifier]Chaque fois que le sens d’un débat dépend de la valeur fondamentale du mot utile, c’est-à-dire chaque fois qu’une question essentielle touchant la vie des sociétés humaines est abordée, quelles que soient les personnes qui interviennent et quelles que soient les opinions représentées, il est possible d’affirmer que le débat est nécessairement faussé et que la question fondamentale est éludée. Il n’existe en effet aucun moyen correct, étant donné l’ensemble plus ou moins divergent des conceptions actuelles, qui permette de définir ce qui est utile aux hommes.
- La Part maudite précédé de La Notion de dépense (1933), Georges Bataille, éd. Éditions de Minuit, coll. « Critique », 2003 (ISBN 2-7073-0181-7), p. 25
Madame Edwarda, 1937
[modifier]Si tu as peur de tout, lis ce livre, mais d'abord, écoute-moi : si tu ris, c'est que tu as peur. Un livre, il te semble, est chose inerte. C'est possible. Et pourtant, si, comme il arrive, tu ne sais pas lire ? devrais-tu redouter...? Es-tu seul ? as-tu froid ? sais-tu jusqu'à quel point l'homme est « toi-même »? imbécile ? et nu ?
- Madame Edwarda (1937), in Œuvres complètes III, Georges Bataille, éd. Gallimard, coll. « NRF », 1971 (ISBN 2-0702-7805-0), p. 15
La Part maudite, 1949
[modifier]Mon travail tendait d’abord à accroître la somme des ressources humaines, mais ses résultats m’enseignaient que l’accumulation n’était qu’un délai, un recul devant l’échéance inévitable, où la richesse accumulée n’a de valeur que dans l’instant. Écrivant le livre où je disais que l’énergie ne peut être finalement que gaspillée, j’employais moi-même mon énergie, mon temps, au travail : ma recherche répondait d’une manière fondamentale au désir d’accroître la somme des biens acquis à l’humanité.
- La Part maudite précédé de La Notion de dépense (1949), Georges Bataille, éd. Éditions de Minuit, coll. « Critique », 2003 (ISBN 2-7073-0181-7), p. 51
À la surface du globe, pour la matière vivante en général, l’énergie est toujours en excès, la question est toujours posée en termes de luxe, le choix est limité au mode de dilapidation des richesses.
- La Part maudite précédé de La Notion de dépense (1949), Georges Bataille, éd. Éditions de Minuit, coll. « Critique », 2003 (ISBN 2-7073-0181-7), p. 61
La méconnaissance ne change rien à l’issue dernière. Nous pouvons l’ignorer, l’oublier : le sol où nous vivons n’est quoi qu’il en soit qu’un champ de destructions multipliées.
- La Part maudite précédé de La Notion de dépense (1949), Georges Bataille, éd. Éditions de Minuit, coll. « Critique », 2003 (ISBN 2-7073-0181-7), p. 62
La source et l’essence de notre richesse sont données dans le rayonnement du soleil, qui dispense l’énergie – la richesse – sans contrepartie. Le soleil donne sans jamais recevoir…
- La Part maudite précédé de La Notion de dépense (1949), Georges Bataille, éd. Éditions de Minuit, coll. « Critique », 2003 (ISBN 2-7073-0181-7), p. 66
De tous les luxes concevables, la mort, sous sa forme fatale et inexorable, est certainement le plus coûteux.
- La Part maudite précédé de La Notion de dépense (1949), Georges Bataille, éd. Éditions de Minuit, coll. « Critique », 2003 (ISBN 2-7073-0181-7), p. 72
De même que l’herbivore est, par rapport à la plante, un luxe, - le carnivore par rapport à l’herbivore, - l’homme est de tous les êtres vivants le plus apte à consumer intensément, luxueusement, l’excédent d’énergie que la pression de la vie propose à des embrasements conformes à l’origine solaire de son mouvement.
- La Part maudite précédé de La Notion de dépense (1949), Georges Bataille, éd. Éditions de Minuit, coll. « Critique », 2003 (ISBN 2-7073-0181-7), p. 75
La Littérature et le Mal, 1957
[modifier]De même que l'horreur est la mesure de l'amour, la soif du mal est la mesure du bien.
- La littérature et le mal, Georges Bataille, éd. Gallimard, 1957, p. 152
L'Érotisme, 1957
[modifier]Sade — ce qu'il a voulu dire — généralement fait horreur à ceux-là mêmes qui affectent de l'admirer et n'ont pas reconnu par eux-même ce fait angoissant : que le mouvement de l'amour, porté à l'extrême, est un mouvement de mort.
- L'Érotisme, Georges Bataille, éd. Éditions de Minuit, coll. « Arguments », 1957, p. 48
Il n'est pas de sentiment qui jette dans l'exubérance avec plus de force que celui du néant.
- L'Érotisme, Georges Bataille, éd. Éditions de Minuit, coll. « Arguments », 1957, p. 78
Un homme peut aussi bien être l'objet du désir d'une femme, qu'une femme être l'objet du désir d'un homme. Cependant la démarche initiale de la vie sexuelle est le plus souvent la recherche d'une femme par un homme. Les hommes ayant l'initiative, les femmes ont le pouvoir de provoquer le désir des hommes.
- L'Érotisme, Georges Bataille, éd. Les Éditions de minuit, coll. « Reprise », 1957 (ISBN 978-2-7073-2155-8), p. 139
Il n'y a pas en chaque femme une prostituée en puissance, mais la prostitution est la conséquence de l'attitude féminine. Dans la mesure de son attrait, une femme est en butte au désir des hommes. À moins qu'elle se dérobe entièrement par un parti pris de chasteté, la question est en principe de savoir à quel prix, dans quelles conditions elle cédera. Mais toujours, les conditions remplies, elle se donne comme un objet.
- L'Érotisme, Georges Bataille, éd. Les Éditions de minuit, coll. « Reprise », 1957 (ISBN 978-2-7073-2155-8), p. 139-140
Qu'il est doux de rester dans le désir d'excéder, sans aller jusqu'au bout, sans faire le pas. Qu'il est doux de rester longuement devant l'objet de ce désir, de nous maintenir en vie dans le désir, au lieu de mourir en allant jusqu'au bout, en cédant à l'excès de violence du désir.
- L'Érotisme, Georges Bataille, éd. Les Éditions de minuit, coll. « Reprise », 1957 (ISBN 978-2-7073-2155-8), p. 153
La spécialisation est la condition de l'efficacité, et la recherche de l'efficacité est le fait de quiconque sent ce qui lui manque. Il y a là un aveu d'impuissance, une humble soumission à la nécessité.
- L'Érotisme, Georges Bataille, éd. Les Éditions de minuit, coll. « Reprise », 1957 (ISBN 978-2-7073-2155-8), p. 261
L'érotisme diffère de la sexualité des animaux en ce que la sexualité humaine est limitée par des interdits et que le domaine de l'érotisme est celui de la transgression de ces interdits.
- L'Érotisme, Georges Bataille, éd. Les Éditions de minuit, coll. « Reprise », 1957 (ISBN 978-2-7073-2155-8), p. 262
